----démarche artistique


 
D'origine irako-tchèque, vivant en France depuis vingt ans, l'identité se pose pour moi d'emblée comme questionnement pluriel. Ensemble de choses vues, senties, éprouvée, entendues, goûtées. Choses tout simplement vécues et à vivre, à revivre. Ensemble d'appartenances, de différences, de recherche de reconnaissances. Je ne saurais dire ce qu'est cette identité que je cherche non pas d'une manière qui serait individuelle, mais comme essence de n'importe quel être humain. Je sais seulement que cette recherche est le creuset dans lequel je puise ma matière. 
Et pourtant, aussi complexe que soit la problématique de l'origine, ma démarche consiste à partir de l'expérience sensible, immédiate de ce que j'ai vu, vécu. C'est aussi tout ce qui m'a été transmis d'histoire familiale et d'histoire tout court, celle de l'Europe, celle de l'Orient. Un ensemble de paradoxes inscrits dans mon corps. Et à travers ce que j'ai vu, c'est surtout comment je l'ai vu qui m'intéresse. Et à travers ce qui m'a été transmis, c'est surtout comment je l'accueille en moi qui m'interroge. Je ne cherche pas à produire une description. La peinture n'en est pas l'homonyme. Car le Comment est toujours incertain, toujours inexact, toujours à recommencer. La figure humaine, la face, le visage-paysage, la peau écorchée, la chair soumise à l'équarrissage, est le lieu archéologique où ma conscience cherche un point d'ancrage. 
Mes hésitations vivent à travers les creux et les reliefs des couches successivement peintes, des collages de papier, de toile et de ficelle. Elles se perdent dans la laque translucide et l'opacité du pigment jeté sur la toile. De la question "comment ai-je vu?", j'en viens à mon propre corps : que fait-il? Que se passe-t-il dans ce rapport du corps d'avec la matière qui résiste et qui nous met en résistance, qui incite à de nouvelles conquêtes de substance, de texture et qui nous renvoie à de nouvelles conquêtes de nous-mêmes? Ce qui intrigue, ce n'est pas la toile finie et faite. C'est quand le corps se met à l'ouvrage dans cet entre deux, entre ces deux petites morts: la toile vierge et le tableau fini qui n'est que le début d'un autre.

Photo Robert Laugier - Droits réservés