----à propos de sausen mustafova

"Un jour j'ai assis la beauté sur mes genoux et je l'ai trouvée amère et je l'ai injuriée". L'expérience de l'amertume de la beauté d'Arthur Rimbaud est une phase indispensable à celui qui explore un langage de création. Ce langage, et donc la peinture, reste une aventure intérieure. Elle est le chemin étroit qui nous mène au bout de nous, à notre part d'ombre, elle trouble nos annonce de nouvelle lueurs, une future clarté. Elle est le versant caché de toutes illuminations, des irradiants tournesols de Van Gogh aux chaudes révérences des nymphéas de Monet et quand Bonnard l'amoureux peignait dans une solitude à deux le corps nu de la femme dans une baignoire avec de chatoyantes couleurs jaunes, mauves et roses ce n'était que la tragédie transcendée de la mort prochaine de l'être aimé.
Ne regardez pas la peinture de Sausen Mustafova comme échouée sur les rives noires du désespoir, ces expressionnistes personnages, ces crânes nous parlent de sa conscience, ils arrachent son masque et le nôtre, ce souterrain carnaval la place d'emblée dans le cercle des poètes de la matière.

René Strubel
Février 2001
Ecrit pour le dossier de presse du Salon Itinéraire 2001


Photo Robert Laugier - Droits réservés

L’obscure et le limpide (Le pays, 23 juillet 2004)
… C’est une autre face de l’incertitude qu’explore l’œuvre de Sausen Mustafova ; elle reconnaît trouver ses sources dans la complexité de sa propre origine ; de mère tchèque, de père irakien, à la fois européenne et orientale. Ses représentations de la figure humaine, irruption de masques décharnés à l’expression angoissée, « la face, le visage – paysage, la peau écorchée, la chair soumise à l’équarissage (sont) » dit-elle « le lieu archéologique où ma conscience cherche un point d’ancrage ». Et dans un traitement semblable de colorations retenues, de traits emportés, apparaissent aussi des perspectives architecturales, en la verticalité d’improbables nefs gothiques vues en pénombre.

Trois univers peints dans les murs de l’Archipel (5 août 2004, Le Journal de Saône et Loire)
 Au premier étage, la peintre Sausen Mustafova, vivant en France depuis 20 ans, est irako-Tchèque. Elle nous entraîne dans un univers très sombre. « L’identité se pose pour moi d’emblée comme questionnement pluriel, creuset dans lequel je puise ma matière ». peintre, mais aussi graphiste, elle suit, jusqu’en 1998, un parcours pictural aux vives couleurs. Elle réalise aussi des gravures illustrant l’œuvre de Lewis Caroll et produit, depuis 1998, des paysages sombres, des têtes, en forme de squelettes expressifs, travail puissant, quelque peu effrayant. Lors du vernissage, elle réalise, sur un immense papier, une performance au sol. Une comédienne lit trois textes : un poème irakien, des extrait du journal « Le Monde » … . L’artiste, pendant cette lecture, manie pinceaux, spatules, peintures brunes, noires et blanches et réalise une œuvre obscure sur laquelle elle profile des silhouettes longicornes. A la lecture de ces textes, elle transcrit, à sa façon, les émotions que ces lectures lui procurent.

Trois arts plastiques majeurs pour ouvrir la saison (Fabienne Crose, 27 mai 2007, Le Journal de Saône et Loire)
Une nouvelle saison artistique à l¹Archipel sur le Lac est un évènement majeur en Brionnais. Eclectisme et qualité y sont de rigueur. Alors, comme le dit le maître de céans: « Entrez et regardez ».
Les artistes exposeront par trois, du 2 juin au 28 septembre. L¹une d¹entre eux, Nicole Gaulier, sera là, tout l¹été, « mise en bouche » d¹une grande exposition à venir en 2008. Le 2 juin, les visiteurs rencontreront ceux qui « ouvriront le bal ». Sausen Mustafova est à la fois Tchèque, Irakienne et Française, elle a grandi en Irak. Elle a la nostalgie de ce pays, autrefois terre de grande culture, dans laquelle réside encore une partie de sa famille dans les difficultés que l¹on sait. Il y a 2 ans, elle a exposé à
l¹Archipel. Ses réalisations picturales partent du figuratif pour aller vers l¹abstrait. C¹est un travail en vis-à-vis. La disparition y est omniprésente. L¹artiste essaye de retrouver la trace, le souvenir, le chemin, présents comme en un puzzle. Le temps s¹estompe sous les cendres de la guerre et de la mémoire. "Ces expressionnistes personnages parlent de sa conscience, ils arrachent son masque et le nôtre, ce souterrain carnaval la place d'emblée dans le cercle des poètes de la matière". Lors du
vernissage, il sera lu des poèmes de sa composition, écrits quand elle peignait. Elle apportera dix livres de 16 pages, brochés à la main, supports peints en écho à ses tableaux. Laissons-lui la parole : "Ce qui intrigue, ce n¹est pas la toile finie et faite. C¹est quand le corps se met à l¹ouvrage dans cet entre deux, entre ces deux petites morts : la toile vierge et le tableau fini qui n¹est que le début d¹un autre." ...
"Elle prend des mots, elle les complète, elle les transforme, les dénature, elle prend des pages entières, elle les recouvre, les ensevelit, les plonge dans ses ombres ou les éclaire de biais, elle choisit des passages, en ignore d'autres, elle triture, elle s'en mêle, elle trouble tout, elle racle la matière même du livre, elle en fait surgir une autre, elle redonne du souffle et de la chair aux mots, elle leur interdit de se figer dans un sens, elle a fait une sculpture d'une petite femme rêvée qui courait sur un mur et que je croyais insaisissable, elle ne fait pas un autre livre, elle fouille, elle exhume, elle subvertit, elle danse avec." 

Antoine Lacomblez (à propos du travail de Sausen Mustafova sur son livre "Guratik anilor")

Ci-contre, une statue réalisée par Sausen Mustafova et inspirée par ce même livre.


Agir en Picardie, n°116, mars 2008 : http://www.cr-picardie.fr/IMG/pdf/agir116-2.pdf (environ 6Mo), voir page 28, "Artistes, invitez les Picards!"
Sur blistree.com : http://www.blisstree.com/articles/artist-profile-sausen-mustafova-150/
Sur le site du collège Louise Michel de Roye (Somme), un article sur l'intervention pour la réalisation par les élèves d'un livre: http://etablissements.ac-amiens.fr/0801341y/spip/spip.php?article184